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(Résumé de mon mémoire de Maîtrise)

 

Tout d’abord, il faut souligner que le choix d’un tel sujet émane de notre volonté de comprendre les forces en œuvre dans nos sociétés majoritairement phallocrates, et qui ont conduit à l’émergence d’un type nouveau des femmes dont la prise de conscience constitue un atout dans leur lutte de libération. En fait, ce qu’on constate c’est que les premières œuvres littéraires produites par des écrivains males  ne prennent pas en compte les préoccupations des femmes. Cependant, Wa Thiong’O NGUGI dont les écrits révèlent le caractère indispensable des femmes à décidé de contribuer à la libération de la femme africaine. Ainsi, dans Devil on the Cross (Oxford : Heinemann, 1987), le personnage principal (Warîînga) a contribué à la restauration de la dignité de la femme.

 

Tout comme NGUGI, la Nigériane Buchi EMECHETA a fait des contributions importantes dans l’évolution du statut de la femme. Dans la plupart de ses œuvres, elle explore les principaux aspects liés au statut maternel de la femme africaine. Alors que Nnu Ego (dans The Joys of Moherhood.Oxford : Heinemann, 1994) et Ojebeta (dans The Slave Girl. Oxford : Heinemann, 1995) n’hésitent pas à exprimer leur soumission à leurs partenaires males, Adah (dans In the Ditch . Oxford : Heinemann, 1994) quant à elle apparaît comme un type nouveau de femme prête à se débarrasser de la domination male. En fait, Adah tout comme Warîînga symbolisent la femme africaine qui a pris conscience de la nécessité de lutter contre l’oppression. Cette mise en vedette de ce nouveau type de femme est l’une des raisons du choix de notre sujet.

 

Le choix de NGUGI et EMECHETA n’est pas gratuit car nous avons pensé à analyser le sujet sur la base de points de vue qui peuvent être différents selon qu’on soit un homme ou une femme d’une part, et d’autre part selon les zones géographiques et les cultures.

 

Nous avons considéré que traiter le thème de la réévaluation des femmes africaines requiert une analyse de leur  statut à deux périodes différentes : celle précédant l’émergence des mouvements de libération, et celle d’après. Ainsi, dans la première partie nous avons analysé les différents aspects de la condition de vie des femmes africaines ; une condition marquée par des injustices sociale et traditionnelles imposées par une société particulièrement phallocrate et qui ne demande aux femmes rien de plus qu’une soumission aux hommes. Cependant, on peut considérer que les femmes africaines souffrent de la phallocratie de leur société tout comme d’un système hérité du colonialisme.

 

Dans The Joys of Motherhood et The Slave Girl, nous avons vu comment la personnalité de la femme africaine est abaissée par l’homme qui la considère comme un simple meuble et dont la réussite ou l’échec dépendent de sa capacité de procréation. Cette situation de la femme africaine atteint son paroxysme quand un employer, par exemple, profite de la dépendance de la femme à la recherche d’un emploi pour lui imposer des actes honteux tels que des rapports sexuels.

 

Mais vu les nécessités inhérentes à une société en changement, nous avons noté que les femmes africaines elles-mêmes se sont rendues compte de l’obligation de réclamer l’abrogation, ou au moins la réduction des inégalités entre hommes et femmes. Cela nous a poussé à analyser dans le second chapitre ces réclamations exprimées plus particulièrement à travers la Féminisme.

 

Les mouvements féministes prônent des changements de manière générale au niveau des sociétés en prenant en compte les aspirations des femmes, plus particulièrement pour ce qui est de l’égalité entre les sexes. Et l’évolution des sociétés à été d’un grand apport dans la redéfinition des relations entre hommes et femmes ; remettant ainsi en cause la traditionnelle distribution des rôles au sein des familles africaines.

 

Dans le troisième chapitre, nous avons essayé de voire comment les voix des personnages féminins dans les romans précités reflètent la situation des femmes africaines. Pour cela, l’analyse de la voix de la femme en tant que mère a montré qu’il y a une importance certaine accordée au statut de mère dans les sociétés africaines. Le statut de mère constitue le fondement de la vie ; et pour les femmes africaines, le fait d’avoir des enfants est une véritable source de fierté et de respectabilité dans leur société.

 

Cependant, tenant compte de la voix pathétique de certains personnages féminins, nous avons découvert que la femme africaine elle-même ne sait pas exactement si elle doit lutter pour sa libération, ou si elle doit tout simplement renoncer à ses idées féministes et rester attachée à sa culture africaine.

 

Ainsi, dans la seconde partie de notre travail nous avons noté que le succès des femmes réside principalement dans leur unité. Cela nous a poussé à voire dans le premier chapitre comment l’unité des masses peut contribuer à libérer la femme. Il en est ressorti que les femmes doivent être des acteurs dans la lutte, comme ce fut le cas lors des Abba Riots de 1929 au Nigéria.

 

Dans Devil on the Cross nous avons essayé de comprendre ce qui lie la rébellion Mau-Mau du Kenya au mouvement de libération des femmes. Ainsi, la documentation faite à ce propos nous a permis de voire que le Kikuyu Central Association(KCA) réclamait entre autres points l’abrogation des taxes imposés aux femmes Kenyanes par l’administration britannique.

 

Nous avons aussi noté que la balkanisation de l’Afrique en tribus et groupes ethniques constitue un autre obstacle à la libération. De la même manière que NGUGI qui pense que la réforme doit survenir d’un mouvement populaire, EMECHETA aussi considère cette division comme une source d’affaiblissement des possibilités de  réussite des femmes. EMECHETA illustre ce point de vue en décidant de créer dans  Destination Biafra (Oxford : Heinemann, 1989) un personnage féminin (Debbie) dont le groupe ethnique est inconnu. Debbie est tout juste une femme du Nigeria.

 

Allant au-delà du domaine littéraire, nous avons essayé de montrer le rôle important joué par la Federation of South African Women (FEDSAW) dans la suppression des laissez-passer qui étaient imposés aux femmes en Afrique du Sud. La FEDSAW a obtenu gain de cause grâce aux différentes actions qu’elle a menées comme par exemple la pétition adressée au Premier Ministre STRIJDOM le 09 août 1956.

 

Cela montre dans une certaine mesure la place de l’Education dans cette réussite ; ce qui est soutenu par le Economic Commission for Africa (ECA) qui a déploré la faible représentation des femmes au niveau de l’enseignement secondaire et supérieur.

 

Ainsi, nous avons montré dans le second chapitre de la deuxième partie qu’il y a un lien étroit entre la libération des femmes et l’Education qui a contribué à modeler la mentalité des Africains. Dans un premier point consacré à l’éducation traditionnelle, nous sommes allé dans le même sens que NGUGI qui considère qu’un retour aux valeurs culturelles traditionnelles est nécessaire pour protéger les peuples africains contre une éventuelle perte de leurs cultures en faveur de celles du colonisateur.

 

Nous avons aussi essayé d’analyser les effets de l’éducation moderne sur la mentalité des Africains. Nous avons ainsi noté l’aliénation de certains intellectuels qui n’ont pas hésité à collaborer avec les puissances coloniales pour des raisons matérialistes. Pour ce faire, ces intellectuels ont été contraints d’adopter (ou plutôt d’imiter) le mode de vie du colonisateur.

 

Nous référant à Adah (In the Ditch) et Warîînga (Devil on the Cross), nous avons noté que l’éducation qu’elles ont reçue à beaucoup contribué à la réussite de leur lutte. Cela, en retour, nous a permis de noter une évolution de la place et du rôle de la femme africaine. Nous avons considéré cette évolution comme une volonté des intellectuels africains de rectifier l’image fausse attribuée à la femme africaine par une société phallocrate.

 

En fait, nous avons noté que la femme africaine cesse d’être une figurante. Mais en dépit de ces changements dans leur condition de vie, les femmes africaines n’ont toujours pas reçu la part qui leurs revient après les luttes de libération. D’ailleurs, la plupart d’entre elles sont encore défavorisées dans divers domaines. Cependant, nous pensons que la résolution des problèmes de femmes africaines passe inévitablement par un changement des mentalités des Africains qui doivent se départir de certaines croyances traditionnelles qui confinent la femme. Pour cela, les femmes elles-mêmes doivent agir de manière concrète.

 

Par ailleurs, les gouvernements africains doivent aussi aider à l’intégration des femmes en mettant sur pied des stratégies allant dans le sens de les libérer. Et dans cette perspective, l’engagement des femmes est une condition sine qua non.

 

 

© Copyright: Dr Mamadou BA, juin 2005

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